De la dyspnée cosmique du SARS-CoV-2

À propos de Michel Agier, Vivre avec des épouvantails. Le monde, les corps, la peur, 2020.

Michèle Cros

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Michèle Cros, « De la dyspnée cosmique du SARS-CoV-2 », Lectures anthropologiques [En ligne], 9 | 2022, mis en ligne le 30 juillet 2022, consulté le 27 novembre 2022. URL : https://www.lecturesanthropologiques.fr/954

À partir d’une lecture croisée de l’ouvrage Vivre avec les épouvantails, écrit par l’anthropologue Michel Agier au moment du premier confinement décrété en réaction à la pandémie de Covid-19, et de plusieurs écrits de chercheurs en sciences sociales produits pendant la crise sanitaire qui s’ensuit, l’auteure de cet article interroge la possibilité de l’analyse réflexive sur le devenir des sociétés contemporaines dans un temps de l’urgence, alors que les anthropologues, dont le projet de connaissance est fondé sur un accès non médiatisé au réel, étaient eux-mêmes coupés du monde. Dans la droite ligne de l’ouvrage recensé, elle pose aussi la question de ce que la pandémie de Covid-19 et sa gestion révèlent des peurs de notre époque, marquée par la gestion du risque, ainsi que du monde qui advient.

This article is based on a cross-reading of the book Vivre avec les épouvantails (Living with Scarecrows), written by the anthropologist Michel Agier at the time of the first lockdown declared in response to the Covid-19 pandemic, and several writings of social sciences’ scholars produced during the ensuing health crisis. The author questions here the possibility of a reflexive analysis of the future of contemporary societies in a time of emergency, while anthropologists, whose knowledge project is based on non-mediatized access to reality, were themselves cut off from the world. In line with the work reviewed, the author also raises the question of what the Covid-19 pandemic and its management reveal about the fears of our era, marked by risk management, as well as about the oncoming world.

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Compte-rendu de Michel Agier, Vivre avec des épouvantails. Le monde, les corps, la peur, Paris, Premier Parallèle, 2020, 160 p.

Cet ouvrage de Michel Agier commence par le rappel d’un chiffre effrayant. L’anthropologue, directeur de recherche à l’EHESS, grand voyageur et auteur prolixe, en débute la rédaction le 6 avril 2020. Sombre coïncidence ou hasard pathognomonique, « on a su, quelques semaines plus tard, que ce jour avait été celui où la courbe du nombre de décès de la Covid-19 dans les hôpitaux en France avait atteint son point culminant, avec 607 décès enregistrés en vingt-quatre heures » (p. 7). Nous sommes dans ce qui constitue le premier confinement national qui débuta le 17 mars pour s’achever le 10 mai 2020. Il fut strict et chacun s’est alors retrouvé à se poser cette question abyssale qui deviendra le titre-choc de l’ouvrage magistral de Bruno Latour paru en 2021 : Où suis-je ? La sidération envahit tous les esprits qui animent les corps bridés. La phrase d’accroche de l’avant-propos du livre de M. Agier, p. 7, est explicite : « ma propre peur a-t-elle suscité ce livre ? ». C’est plus que probable, mais l’auteur espère s’en défaire en généralisant vite son propos. Il se propose du même coup, toujours p. 7, de « décrire ce que la pandémie de Covid-19 était (est) en train de faire au monde » et « de saisir ce moment avant qu’il ne s’efface des mémoires ». Fin 2021, au moment de la rédaction de ces lignes, ce présent ne relève toujours pas du passé et nul ne saurait en prévoir l’issue, à l’aube peut-être, d’un énième confinement alors qu’un nouveau variant vient encore d’être découvert. Impossible non plus d’oublier ce premier confinement, même si deux autres lui ont succédé du 30 octobre au 27 novembre 2020 et du 3 avril au 2 mai 2021 en France.

Quand Michel Agier débute son livre, il est confiné dans un appartement du 19e arrondissement de Paris. Écrire sur cette pandémie « et ses effets sur le monde » s’impose à lui tel un « défi » (p. 9). D’emblée, il prévient le lecteur, cet ouvrage ne sera pas « le journal de sa vie confinée » et encore moins « une analyse définitive et surplombante du monde d’après » (p. 9). Peu de chercheurs en sciences sociales vont prétendre à une réflexion de cet ordre. Nous sommes encore en pleine période pandémique. Plusieurs francophones, réunis en collectifs, vont cependant nous livrer, par le menu, les détails confondants et parfois dramatiques de leur vécu de ce confinement, dès la rentrée 2020, en septembre1, juste au moment où paraît Vivre avec des épouvantails. Un début d’analyse, notamment politique, figure dans le livre publié sous la direction de Monique Selim au titre ambitieux : Anthropologie d’une pandémie et au contenu hétéroclite, à l’image de la déroute ambiante. Les membres du Laboratoire d’Anthropologie Prospective de Louvain (J. Hermesse, F. Laugrand, P.-J. Laurent, J. Mazzocchetti, O. Servais et A.-M. Vuillemenot) confient leurs « pensées d’anthropologues sur la pandémie » dans Masquer le monde complété quelques mois plus tard par cet autre ouvrage à nouveau signé J. Mazzochetti et P.-J. Laurent : Dans l’œil de la pandémie. Face-à-Face anthropologique, où alternent encore analyses distanciées et témoignages très personnels. Le bouleversement de la pandémie exigerait-il une écriture diffractée ?

Cette diffraction se retrouve indirectement dans Vivre avec des épouvantails même si Michel Agier en est le seul auteur. Certes, il ne va pas s’étendre sur cette vie confinée à laquelle il doit se plier comme tout un chacun. Cependant, il juge nécessaire de se décentrer pour l’observer en portant « le masque métaphorique du persan » (p. 11) tel « un étranger pour qui tout est étrange » au sein d’un « horizon dystopique ». M. Agier nous livre « une vision inquiète, voire catastrophique de l’avenir » nous conduisant à la « nécessité d’apprendre à vivre dans l’incertitude » (p. 14) qui « s’étend de manière virale ou rhizomatique » (Dousset 2020). Dans ces conditions, nous sommes obligés de « vivre en temps réel », frappés par un sentiment de stupeur qui « devient durable » (Worms 2021 : 20).

« Comme des réfugiés »

L’horizon semble fermé. L’attente n’en finit pas. Pour celui qui a travaillé sur le confinement au sein des espaces hétérotopiques que constituent les camps de réfugiés (Agier 2010), nous nous retrouvons dans la « version totale et totalitaire » (p. 22) de ce premier confinement : « comme des réfugiés, nous attendons un retour vers un lieu juste éloigné, une présence juste absentée » (p. 23). Il s’agit là d’un éclairage singulier marqué par une approche foucaldienne sur le début de la pandémie où même les experts, souvent « éloignés des réalités locales », se retrouvent aussi confinés. « Ce que serait un fait social total dans une société du risque mondial voilà peut-être ce que nous avons commencé à vivre » (p. 24). Mais dans le cas présent, tout à la fois on n’en voit rien, sinon des rues désertes avec pourtant quelques images macabres qui nous parviennent d’ici ou là, en Équateur par exemple où des « cadavres qui jonchent le sol » sont livrés en pâture visuelle à la terre entière. L’évocation de la « guerre sale » de Cali en Colombie revient à la mémoire de l’anthropologue, il y était de 1997 à 1999, mais il n’a rien vu des « massacres » dont le souvenir pourtant le poursuit lors de cette nouvelle période mortifère. À l’analyse politique se combine des flashbacks qui témoignent de l’intensité des bouleversements émotionnels qui étreignent Michel Agier, et ce, à l’instar ou presque de tous ceux qui nous ont livrés, dès septembre 2020, des ouvrages sur la pandémie de Covid-19.

De quelle manière échapper à cette sidération ambiante ? « Tout le monde écrit, rêve, chante, rêve encore, dessine et imagine des paysages et des vies d’après » (p. 32). Lors de la rédaction de Vivre avec des épouvantails, les frontières nationales se ferment. La pandémie devrait plutôt nous conduire à mettre en chantier, enfin, « une politique à l’échelle mondiale (une cosmopolitique) » (p. 43), s’insurge l’auteur. Mais la frontière qui s’impose sans possibilités de la contester s’avère d’ordre sanitaire et elle nous conduit à faire l’expérience « des corps entravés » (p. 51) avec la mise en œuvre des gestes barrières. Michel Agier, auteur en 2000 d’une Anthropologie du carnaval : la ville, la fête et l’Afrique à Bahia s’interroge longuement sur le sens de ce nouveau port quotidien du masque en France et ailleurs qui trouble notre respiration. Il insiste sur cet étonnant télescopage « temporel et symbolique » entre l’épidémie qui flambe aux États-Unis et « l’assassinat de George Floyd par étouffement » (p. 57). Un « We can’t breathe » est vite apparu sur les masques de celles et ceux qui dénoncèrent ce drame alors que le philosophe et historien Achille Mbembe (2020) proclamait « le droit universel à la respiration » le 6 avril dans le quotidien AOC (Analyse Opinion Critique)2 que Michel Agier cite également p. 57.

Déplaçant à nouveau la focale, l’anthropologue livre une analyse décapante de l’embrassade au Brésil porteuse à ses yeux d’un véritable « racisme cordial » (p. 61), nonobstant la chaleur apparente de cette manière de se saluer à laquelle il n’est plus possible de recourir en temps d’épidémie. Si les corps doivent prendre de la distance, de nouveaux rituels émergent comme celui des applaudissements aux « premiers de corvée » (p. 66) à 20 h en France, en d’autres mots aux livreurs, caissières, aides-soignantes, infirmières, à celles et à ceux qui travaillèrent en présentiel lors du premier confinement. Ils, et le plus souvent elles, furent alors applaudi.es avant d’être à nouveau oublié.es. Mais pour l’heure, constate M. Agier, la vie se « réinvente » et « le rite fournit les repères qui vont faire exister les collectifs » (p. 67). Le déconfinement espéré finit par arriver, mais M. Agier craint qu’il reste « quelque chose de cette rétractation physique », de cette « méfiance très générale des corps » alors que certains « seront et sont déjà plus que d’autres des corps étrangers : ce sont les corps des étrangers » (p. 69). L’anthropologue qualifie de catastrophique cet état d’un monde devenu « hanté par la prophylaxie et l’enfermement » (p. 70).

Dyspnée cosmique 

C’est par une citation de Mikhaïl Bakhtine extraite de L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la renaissance3 sur la notion de « cataclysme cosmique » que s’ouvre p. 71 la seconde partie de Vivre avec des épouvantails. Pour Bakhtine, ce « cataclysme cosmique » se trouve opportunément « rabaissé, humanisé, et transformé en un joyeux épouvantail. Ainsi le rire a vaincu la peur cosmique ». Il s’agit là d’un véritablement retournement carnavalesque que M. Agier voit aussi à l’œuvre à l’occasion de cette pandémie de Covid-19.

Si l’heure est au déconfinement au moment de la fin d’écriture de l’ouvrage ici recensé, Agier, s’interroge : peut-on pour autant véritablement vivre « avec le virus » dans cette « société du risque », déjà théorisée par Ulrich Beck (1986) après la catastrophe de Tchernobyl ? Tout paraît comme « avant ou presque », encore masqué il lui semble pourtant « être un être à part » (p. 73). De fait, au nom de la liberté, la contestation des mesures sanitaires débute. Elle ira en s’amplifiant et en se complexifiant avec l’heureuse arrivée des vaccins vite contrariée par le cortège de fake news et sombres rumeurs qui n’ont pas tardé à en brouiller la réception et l’usage (Mulot 2021).

Mais ne précipitons pas la chronologie des faits, l’anthropologue disserte en temps réel sur une pandémie qui n’en est qu’à son début. Il l’ignore comme nous l’ignorions tous. Et nous ne savons toujours pas l’ampleur de ce qui pourrait être qualifié, pour paraphraser l’expression de Bakhtine citée par Agier, de véritable dyspnée cosmique en écho à la portée tragique de cette « crise respiratoire » (Latour 2021b) également qualifiée de « crise cosmologique » (Latour 2021a : 154).

De nouveaux variants du SARS-CoV-2 ne cessent d’émerger et déjouent une à une les campagnes de riposte. L’ouvrage Vivre avec des épouvantails paru en septembre 2020 semble déjà fort « daté » en raison de l’étonnante pérennité de cette crise qui contamine durablement l’ensemble du vivant. Il importe donc d’insister sur le contexte d’une écriture première, épidermique et politique tout en se révélant touchante, voire lyrique. Un trop-plein d’affects submerge l’anthropologue en dépit de sa familiarité avec nombre de catastrophes en lien avec les déplacements de populations de par le monde. Il en est l’un des principaux témoins et penseurs (Agier 2013).

Même si l’auteur n’insiste guère sur la problématique des zoonoses – qu’il semble découvrir en lisant Les sentinelles des pandémies (Keck 2020a), livre ayant bénéficié d’une forte couverture médiatique, sa sortie coïncidant avec la période du premier confinement en France – il rend compte de son étonnement. « Qu’est-ce qui a transformé une minuscule microscopique bestiole échappée de son milieu sauvage en catastrophe pour tous les humains, puis, selon les cas, en un simple évènement, une crise passagère ou une parenthèse oubliable ? » (p. 75).

« Déseuropéaniser la réalité »

Cette interrogation qui lie la crise sanitaire à crise de la biodiversité (Baxerres, Dussy et Musso 2021) ne retient pas longtemps l’intérêt de Michel Agier pourtant sensible aux images sidérantes des plus grandes métropoles mondiales – mises à l’arrêt – que nous avons tous visionnées au printemps 2020. « Pendant l’arrêt des transports et des activités industrielles, l’air est redevenu pur, la nature semblait renaître » (Morin 2020 : 72). On se souvient de la pénétration étonnante d’animaux sauvages ou féraux qui en profitèrent pour arpenter les espaces urbains désertés par la plupart des humains, à l’exception à nouveau de ceux qui furent et demeurent sans domicile fixe. L’anthropologue de l’EHESS souligne : on se prononce « pour ou contre le monde d’après », en fait « un horizon presque visible, presque réaliste, puisqu’en partie déjà vécu : tout arrêter, inverser les priorités, faire tomber l’économie de son piédestal » (p. 76).

Chaque jour, le comptage obsédant des morts perdure. Si la pandémie régresse en France au moment de l’écriture de Vivre avec des épouvantails, ailleurs dans le monde elle culmine. La circulation du virus est planétaire, il convient plus que jamais de « déseuropéaniser la réalité » (p. 86) explique Michel Agier en évoquant l’Afrique et le Brésil, là où il a effectué de nombreuses et très longues missions. Ne revenant brièvement en France qu’entre deux terrains, il pouvait alors se dire « citoyen français, mais habitant du monde » (p. 87). Il s’agit d’une « expérience qui m’engage » (ibid), précise l’auteur, qui plaide pour un indispensable recours au décentrement anthropologique. Il en donne cette belle définition : « il s’agit de sortir de soi, de se dépasser, de regarder le monde dans sa multiple existence » (p. 86) qui gagnerait à être dupliquée à l’heure où nombre d’entre nous sont gagnés par d’égoïstes replis.

Suite au récit de quelques échanges en visioconférence avec des étudiants et chercheurs à Paris, Toulouse, Londres, Dakar, Niamey et Mexico, l’anthropologue met en exergue une autre réalité contemporaine, à savoir cette « barrière informatique qui a redoublé les effets de la barrière sanitaire » (p. 83). Le virus circule « avec plus ou moins d’intensité selon les lieux et les conditions de vie » (p. 85). Certains sont en mesure de pouvoir continuer à échanger alors que pour d’autres, cette « crise sanitaire est une étape supplémentaire qui confirme l’enfer de leur existence » (ibid). En s’appuyant sur l’ouvrage de Giorgio Agamben (1997) : Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue, Michel Agier en vient à se livrer à une analyse plus précise des « initiatives populaires de protection » prises notamment dans des quartiers, des ruelles et des favelas où une véritable solidarité s’est mise en place. Il s’agissait alors de contrer l’absence d’un État ou plutôt de « son dirigeant (comme ce fut le cas au Brésil ou aux États-Unis) » qui « dit à son peuple qu’il n’y a pas de danger alors que tout indique que celui-ci se rapproche, l’inquiétude monte en conséquence » (p. 95). Les communautés organisent « la réponse d’urgence » nécessaire à la survie, les médias contribuant par ailleurs à une sorte de pérennisation d’un sentiment de peur qui finit par nous obliger « à nous penser ensemble » (p. 97).

« Les imaginaires de la peur »

C’est aussi « la peur qui a fait la catastrophe. On s’y attendait, on l’attendait en tremblant, mais on n’y était pas préparé » (pp. 99-100). Une fois l’épouvante des premiers instants surmontée, « la peur de la catastrophe peut être appropriée » et comme le montre Bakhtine, que Michel Agier a lu et relu pendant ce premier confinement, il reste à la transformer afin de la vaincre par le rire et c’est alors qu’elle « prend la forme de l’épouvantail ». Celui qui a d’abord travaillé sur le carnaval (Agier 2000) se souvient de ces pantins « qui finissent par brûler dans les feux de joie nocturne » (p. 105). Un parallèle est ici introduit avec la peste noire du Moyen Âge qui a fauché le tiers de la population européenne, époque qui est tout à la fois celle où « la mort est partout », où « le macabre s’installe » et où Rabelais imagine en 1532 la fable de Pantagruel ou du « joyeux épouvantail » (p. 106).

Pour Michel Agier, cette peur cosmique réapparaît dans les théories de l’effondrement (Servigne et Stevens 2015, Dupuy 2021) dont le caractère fataliste l’» effraie ». Il s’interroge : « c’est plus de peur que d’écologie que nous parlent les collapsologues et catastrophistes » (p. 112). La vigilance s’impose face aux « usages politiques de ces peurs » (p. 117). Pour les contrer, il nous faut « identifier les lieux et les formes des imaginaires de la peur, comparables à ces épouvantails que Mikhaïl Bakhtine a découverts dans les œuvres de la culture populaire au Moyen Âge » (p. 119). L’auteur reprend ici l’exemple de la Tunda afro-colombienne qu’il avait développé plus longuement dans l’un de ses précédents ouvrages : La condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire (2013). La terrible apparition sous la forme d’une mystérieuse vision de la Tunda, créature attirante qui finirait par faire disparaître sa proie dans la jungle, atteste de « la migration des esprits » (p. 127). Partie des profondeurs de la forêt, la Tunda arrive en ville dans les carnavals, festivals et apparaît sur YouTube. « Le conte devint une chanson de rap » (ibid). Il s’agit de « se moquer des acteurs de la violence » transformés en « pantins carnavalesques ». Cela permet à leurs auteurs et aux spectateurs « de regarder leurs peurs, d’en rire, et de s’en libérer dans l’imaginaire » (p. 130).

Puis comme Michel Agier le reconnait lui-même, il lui faut faire à nouveau « une très grande enjambée » pour revenir dans le Paris du printemps 2020 où il se demande si les « flux continus d’images et de discours où fictions et réalités sont totalement confondues » n’écrasent pas les « transformations esthétiques de la peur » (p. 137).

François Cusset lui répond indirectement dans son Génie du confinement où il insiste sur « l’envoûtement » éprouvé lors du premier confinement en tentant d’en faire « le tour selon la vieille méthode picturale de l’anamorphose, variant sur elle les angles de vue et les formes de la prose » (Cusset 2020 : 20). Notons que cet envoûtement s’inscrit dans une fascination relayée par nombre de médias pour tout ce qui relève d’une épidémie de très grande ampleur, annoncée bien avant l’arrivée du SARS-CoV-2. Peur et fascination jouent de concert : « What will happen this time? What will happen next time? » (Caduff 2018). Dans les films catastrophes américains, un « redoublement fictionnel » est souvent à l’œuvre explique J.-P. Dozon dans La vérité est ailleurs. Complots et sorcellerie (2017), ouvrage faisant suite à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Le film Outbreak de Wolfgang Petersen sorti en 1995 « considéré comme le premier film de contagion à l’ère des maladies infectieuses émergentes » (Keck 2020b : 173) a été souvent évoqué pendant le premier confinement. Dans Outbreak, deux hypothèses rendent compte de l’origine d’un nouveau virus qui tout à la fois se serait transmis des animaux aux hommes et qui aurait été « cultivé par des chercheurs américains comme une arme biologique » (ibid)… Nombre de représentations de la pandémie actuelle reposent aussi sur ce type de fictions aux effets bien réels. La virulence du SARS-CoV-2, voire son existence même, est sujette à caution dans des cercles complotistes et au-delà. Bien des résistances aux messages préventifs s’appuient sur un déni de la pandémie de Covid-19 (Al Dahdah, Falisse et Lurton 2021) proche de celui d’Ebola que l’on a connu en Afrique de l’Ouest de 2013 à 2016.

Point de déni dans Vivre avec des épouvantails, mais l’horizon dystopique semble pourtant finir par s’ouvrir à la faveur d’un épilogue fort lyrique écrit d’une plume militante. Michel Agier nous convie à dépasser à nouveau toutes les frontières, institutionnelles bien évidemment, mais aussi celles des corps entravés, menacés par un « repli sur soi » individualiste. L’auteur va jusqu’à évoquer une « forme planétaire de vie commune » expérimentée aussi en temps de pandémie. Il nous invite donc à « réinventer la vie » en optant pour un élémentaire « nous cosmopolitique » afin de faire « correspondre le monde sociologique qui se développe avec un monde politique à construire » (p. 145). 

Le mythe du monde d’après 

Neuf mois ou presque après la publication de son Vivre avec des épouvantails. Le monde, les corps, la peur, Michel Agier reviendra sur son ouvrage dans la revue en ligne AOC (Analyse Opinion Critique) en mars 2021. Il voit « se déployer des politiques sécuritaires en tant que politiques sanitaires » et réaffirme les deux frontières essentielles en cette période pandémique, d’abord le corps et son enveloppe, puis la planète tout entière. Et c’est à nouveau en raison de cette dimension planétaire que les peurs cosmiques d’autrefois se sont « relancées ». Enfin dans ce « présent qui s’étire », pour Michel Agier « on peut dire que Le monde d’après est une création de l’imaginaire de la peur d’aujourd’hui sur la planète de la pandémie ». Dans ces conditions il s’agit d’un « mythe salutaire et bienfaisant qui permet de tenir la tête hors de l’eau ». L’anthropologue précise que cette création de l’imaginaire « peut avoir la même fonction émancipatrice et le même sens politique que les fictions littéraires de l’après-fin du monde ». Toujours dans son article paru dans AOC, il en conclut que « le plus joyeux “épouvantail” du monde d’aujourd’hui, c’est le mythe de “l’après” ».

Fin 2021, qu’en est-il de ce mythe de l’après ? Si d’aucuns parlent encore de la nécessité d’un mode de développement moins destructeur pour les écosystèmes, voire de décroissance, cette exigence n’est plus que rarement mise en lien avec l’actualité pandémique. Comme l’a constaté F. Keck : « le raisonnement politique cherche des responsables et des coupables, il procède sur le mode de l’accusation et de l’enquête. C’est pourquoi un grand récit cosmopolitique sur l’émergence d’un coronavirus chez des chauves-souris en Chine s’est transformé au fur et à mesure que la pandémie de SARS-CoV-2 se déplaçait, en un petit récit policier animé par la théorie du complot » (Keck 2020b : 13). Les déclinaisons locales de cette théorie font flores dans les fausses rumeurs qui alimentent ici et là l’anti-vaccinisme alors que seule une couverture vaccinale mondiale semble être en mesure de contrer l’émergence de nouveaux variants. Le « nous cosmopolitique » évoqué par Michel Agier dans la conclusion de Vivre avec des épouvantails demeure d’actualité à l’heure où ce compte-rendu est rédigé, au moment même où les frontières se referment à l’annonce de l’arrivée dans l’hémisphère Nord du variant Omicron découvert en Afrique du Sud. La diffusion de cette information succède à la tragédie migratoire où 27 hommes, femmes et enfants viennent de périr en tentant de traverser la Manche le 24 novembre 2021 (Pascual 2021).

« Une vulnérabilité commune »

D’une catastrophe à l’autre, les liens sont moins ténus qu’il n’y paraît. Si en temps de Covid-19 nous nous retrouvons « comme des réfugiés », ceux qui tentèrent de gagner les côtes anglaises ne furent plus que des corps flottants dans la Manche. Ces fins tragiques doivent aussi se penser dans le contexte pandémique d’aujourd’hui où nombre de mouvements de populations constituent une tentative de réponse à la crise écologique. Pour Serge Morand, écologue de la santé : « La solution n’est pas de se préparer au pire d’une prochaine peste, mais de l’éviter en s’attaquant aux causes, c’est-à-dire aux dysfonctionnements des interrelations entre les humains et les animaux sauvages et domestiques. La mobilité globale des marchandises, des produits de l’agriculture, du capital, des humains comme des connaissances doit être repensée » (Morand 2020 : 341). La phrase de Michel Agier mise en grands caractères en quatrième de couverture de son Vivre avec des épouvantails : « Contre toutes les illusions de progrès et de domination de la nature, nous revenons à la sage conscience de notre vulnérabilité commune » fait écho au constat implacable de Serge Morand. Dans ces conditions, ce port du masque et ces gestes barrières qui entravent nos corps d’aujourd’hui pourraient se vivre tels d’impérieux aide-mémoires au quotidien. Ils nous contraindraient à faire l’expérience en mode mineur du « breathing discomfort » lié à la dyspnée (Serresse 2021). Tout en nous protégeant et en protégeant les autres, ils pourraient nous conduire à agir au-delà de la réponse sanitaire. « Le mythe de l’après » ne devrait-il pas figurer véritablement à l’agenda de nos actions politiques ? Doit-il être qualifié de « mythe » ou n’est-ce pas plutôt ce que nous devons faire advenir ? « Il faut tout réinventer à nouveau (…) non plus aller de l’avant dans l’infini, mais apprendre à reculer, à déboîter, devant le fini. C’est une autre manière de s’émanciper » (Latour 2021a : 155). Même vision volontaire et radicale chez Edgar Morin qui insiste sur les indispensables leçons à tirer du SARS-CoV-2 : si « la crise de la pandémie donne à nouveau quelque sève à la conscience écologique », faudra-t-il « attendre de se trouver au bord de l’abîme pour déclencher le réflexe de salut vital » (Morin 2020 : 22) ?

Sans plus tarder, on pourrait encourager un renforcement du multilatéralisme à l’heure où l’Organisation mondiale de la santé se trouve confrontée à des replis nationalistes qui entachent ses possibilités d’agir, en matière notamment d’accès aux vaccins (Felter 2021). Aucune trace pourtant de la vaccination dans Vivre avec des épouvantails. Comment imaginer qu’on trouverait aussi vite une telle arme de lutte ? Son efficacité s’avère néanmoins remise en cause par la découverte de nouveaux variants qui émergent justement d’univers où les vaccins circulent peu alors qu’ils constituent un bien commun par excellence. On se souvient du combat qu’il a été nécessaire de mener pour un accès généralisé aux traitements antirétroviraux au temps où l’épidémie de sida sévissait monstrueusement. Seule la lutte politique a eu raison de cette autre dyspnée cosmique que le VIH a représentée avant la découverte des trithérapies. Toutefois, comme le rappelle le titre de la récente exposition du Mucem de Marseille « VIH/sida », « l’épidémie n’est pas finie ». Ce constat figure dans le rapport 2021 de l’ONUSIDA où les deux pathologies se retrouvent liées. Même si beaucoup en sont décédés, on a appris à vivre avec le VIH/sida à l’image aujourd’hui de ce que l’on tente de faire avec le SARS-CoV-2, cahin-caha, au prix de maintes souffrances, voire de détresses venant toucher prioritairement les populations vulnérables, dont la jeunesse (Franck 2020).

En conclusion, reste à savoir jusqu’à quand les humains, désormais masqués, devront continuer à singer les chauves-souris qui respirent la tête en bas (Cros 2020). Ces créatures font souvent figure d’épouvantails. Elles sont également porteuses d’un nombre impressionnant de virus, ce qui ne contribue guère à modifier leur sombre image. Pendant longtemps, elles furent clouées aux portes des granges en Occident pour conjurer on ne sait quel mauvais sort dont on voulait ainsi se prémunir. Pourtant, nombre d’écologues soulignent l’étendue des services écosystémiques qu’elles rendent à l’humanité tout entière. Inutile de les reléguer à la figure du paria, il nous faut plutôt apprendre à cohabiter avec elles (Moutou 2021). Dès lors, le Vivre avec des épouvantails de Michel Agier pourrait aussi vouloir dire « Vivre sans peur avec les autres », indésirables d’ici et indésirés d’ailleurs, en n’oubliant pas ces non-humains un peu vite qualifiés de nuisibles au regard de l’expansion des maladies émergentes, dont la grande majorité sont des zoonoses en lien direct avec l’exploitation anthropique des écosystèmes. Il s’agit ici d’une conclusion qui a tout d’une sur interprétation que l’anthropologue qui a fondé la revue Monde commun me pardonnera peut-être. J’ai juste imaginé, faute de rapide feu de joie libérateur, une étincelle de réponse à sa belle invitation pour « réinventer la vie » afin de « nous penser ensemble ».

1 À noter, dans un style bien différent, deux numéros spéciaux sur la Covid-19, en langue anglaise, publiés en ligne, dès le printemps : Medical

2 AOC est un quotidien en ligne qui porte sur l’actualité un regard approfondi à l’aide d’articles assez longs et souvent rédigés par des

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1 À noter, dans un style bien différent, deux numéros spéciaux sur la Covid-19, en langue anglaise, publiés en ligne, dès le printemps : Medical Anthropology, Volume 39, 2020, Issue 5 et Anthropology Now, Volume 12, Number 1, April 2020.

2 AOC est un quotidien en ligne qui porte sur l’actualité un regard approfondi à l’aide d’articles assez longs et souvent rédigés par des universitaires.

3 L’ouvrage de Mikhaïl Bakhtine date de 1940. Il est paru en français en 1960 aux Éditions Gallimard. Cette citation de M. Bakhtine est reproduite sans la mention de la page exacte. Son sens ne sera explicite que lorsque M. Agier en viendra à évoquer les peurs cosmiques liées à la fin du monde qui constituèrent « une part importante de la culture populaire au Moyen Âge et encore sous la Renaissance » (p. 101), peurs cosmiques qui, pour l’auteur, reviendraient donc sous une nouvelle forme en ces temps pandémiques.

Michèle Cros

Michèle Cros est professeure d’anthropologie à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheure au LADEC – Laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains. Après des études de psychologie et d’anthropologie à Paris V et à l’EHESS et d’épidémiologie psychiatrique à Paris VI, elle a conduit des recherches sur les représentations du sang et l’imaginaire du sida en Afrique sub-saharienne. Ses travaux actuels portent sur la mise en récits et en images des étiologies des zoonoses dans une perspective One Health. Mail : michele.cros@univ-lyon2.fr

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